Friday, May 19, 2006

DADA-BERLIN : INTERNATIONAL DADA-MESSE, 1920

George Grosz & John HEARTFIELD, Affiche-catalogue pour la Première Foire Internationale DADA, juin 1920

George GROSZ & John HEARTFIELD, Leben und Trieben im Universal City, 12 Uhr 5, Mittags, photomontage, 1919


Introduction à la Première Foire Internationale Dada (juin 1920)


« Un jour, la photographie évincera et remplacera la peinture dans sa totalité. »

Wiertz

« Si un artiste se servait de la photographie comme on doit s’en servir, il s’élèverait à des hauteurs dont on n’a pas l’idée. »

Delacroix

« Le soleil, la lune et les étoiles existent encore, bien que nous ne leur adressions plus nos prières. S’il existe un art immortel, il ne peut pas mourir du fait que le culte de l’art a été renversé. »

Wieland Herzfelde


La peinture avait autrefois pour objectif déclaré de transmettre aux hommes le spectacle des choses - paysages, animaux, constructions. etc, - qu’ils ne pouvaient voir de leurs propres yeux. Aujourd’hui, la photographie et le cinéma assument cette mission et l’accomplissent incomparablement mieux que les peintres de tous les temps.

Mais la peinture n’est pas morte avec la perte de son objectif, elle s’en est, au contraire, cherché de nouveaux. Depuis, toutes les recherches artistiques se résument, quelle que soit leur diversité, dans le fait qu’elles ont toutes tendance à s’émanciper de la réalité.

Le dadaïsme est la réaction à toutes ces tentatives de désaveu du réel qui ont été la force motrice des impressionnistes, des cubistes, comme des futuristes (dans la mesure où ceux-ci n’ont pas voulu capituler devant le cinéma) ; cela dit, le dadaïste n’entend nullement entrer en concurrence avec l’appareil photographique ou même lui insuffler une âme en privilégiant (comme les impressionnistes) la plus mauvaise lentille qui soit, l’oeil humain, ou en retournant l’appareil (comme les expressionnistes) et en se contentant de représenter en permanence le monde enfermé dans sa propre poitrine.

Les dadaïstes disent : si l’on a autrefois dépensé énormément de temps, d’amour et d’efforts pour peindre un corps, une fleur, un chapeau, une ombre portée, etc., il nous suffit aujourd’hui de prendre les ciseaux et, utilisant des peintures et des représentations photographiques, de découper toutes les choses dont nous avons besoin. S’il s’agit d’objets de moindre importance, nous n’avons nullement besoin de leur représentation et nous prenons les objets eux-mêmes, par exemple des couteaux de poche, des cendriers, des livres, etc., bref des objets fort bien peints dans les musées d’art ancien, mais qui ne sont justement que des peintures.

À cet endroit, la célèbre question se pose: oui, mais le contenu, l’esprit? Au cours des siècles, la répartition inégale des contingences de l’existence et de l’évolution a produit dans le domaine de l’art, comme dans tous les autres domaines, des situations extraordinaires: d’un côté, une bande de gens dont on dit qu’ils ont du talent, qu’ils sont capables et qui, en partie grâce à un entraînement de plusieurs dizaines d’années, en partie grâce à des protections et une bonne position, et aussi en partie grâce à des prédispositions héréditaires, ont ramené à eux le monopole de tout ce qui concerne l’évaluation esthétique; et de l’autre, la foule de ceux dont les besoins naïfs et modestes d’imagination, d’images, de communication et de transformation constructive des phénomènes environnants sont réprimés par cette bande d’individus qui donnent le ton. Un jeune homme, aujourd’hui, s’il ne veut pas renoncer à la formation et au développement de ses dispositions originelles, doit se soumettre au système autoritaire qui régente l’éducation artistique et le jugement public en matière esthétique. À l’inverse, les dadaïstes disent que fabriquer des tableaux n’est pas un geste important et que, si cela doit pourtant se faire, il ne faut surtout pas privilégier une position de force, ni permettre que les spécialistes d’une orgueilleuse guilde viennent avec leur arrogance altérer le besoin d’activité créatrice des larges masses. Sur cette base, le contenu des images et des productions dadaïstes peut être extraordinairement varié, de même que les moyens employés. En soi, est dadaïste toute production qui s’élabore à l’abri des influences, dans l’indifférence des instances publiques et de leurs systèmes d’évaluation, dans la mesure où le descriptif, réfractaire à l’illusion, agit en répondant au besoin de faire avancer, en le décomposant, un monde contemporain que se trouve manifestement en état de dissolution, de métamorphose. Le passé n’a d’importance et n’est déterminant que dans la mesure où il faut en combattre le culte. Sur ce point, les dadaïstes sont d’accord ; ils disent que ce que l’antiquité, le classicisme, tous les « grands esprits » ont créé ne doit pas être évalué (si ce n’est selon des critères scientifico historiques) en fonction de l’époque où les œuvres ont été créées, mais comme si elles l’étaient aujourd’hui. Et personne ne mettra en doute le fait qu’aucun homme, aujourd’hui – fût-il, pour employer le langage des arts, un génie – ne peut créer des œuvres dont les prémices remontent à des siècles, des millénaires en arrière. Les dadaïstes s’attribuent le mérite d’être les champions du dilettantisme car, en art, le dilettante n’est rien d’autre que la victime d’une conception du monde aristocratique, orgueilleuse et pleine de préjugés. Les dadaïstes se reconnaissent pour unique programme le devoir de donner pour contenu à leurs images l’événement présent tant sur le plan du temps que du lieu, raison pour laquelle ils prennent comme source de leurs productions non pas les Mille et une nuits ou les Tableaux indochinois mais les magazines illustrées et les éditoriaux de presse.


Wielannd HERZFELDE, « Zur Einführung », Erste Internationale Dada-Messe, Berlin, Otto Burchard, Der Malik-Verlag, juin 1920 (Reproduit dans Olivier Lugon, La photographie en Allemagne. Anthologie de textes. (1919-1939), Nîmes, Éditions Jacqueline Chambon, 1997)

Hans RICHTER

Hans RICHTER, Étude pour Prélude, 1919



Hans RICHTER (1888-1976). Painter, graphic artist, avant-gardist, film-experimenter and producer. First contacts with modern art in 1912 through the "Blauen Reiter" and in 1913 through the "Erster Deutsche Herbstsalon" gallery "Der Sturm", Berlin. In 1914 he was influenced by cubism. Contributed to the periodical Die Aktion in Berlin. First exhibition in Munich, 1916. Die Aktion published as a special edition about Hans Richter. In the same year he went to Zürich and joined the Dada movement. Richter propounded the thesis that the artist's duty was to be actively political, opposing war and supporting the revolution. First abstract works in 1917. Friendship with Viking Eggeling in 1918, the two experimented together in Film. Was co-founder, in 1919, of the Association of Revolutionary Artists ("Artistes Radicaux") at Zürich. In the same year he created his first "Prélude" (orchestration of a theme developed in eleven drawings). In 1920 he was a member of the November group in Berlin and contributed to the Dutch periodical De Stijl. In 1921 he made the first abstract film, Rhythme 21, which today is considered a classic among avant-garde films. About Richter's woodcuts and drawings Michel Seuphor wrote: "Richter's black-and-whites together with those of Arp and Janco, are the most typical works of the Zürich period of Dada." From 1923 to 1926, Richter edited, together with Werner Gräff and Mies von der Rohe, the periodical G. Material zur elementaren Gestaltung. Hans Richter wrote of his own attitude of films : "I conceive of the film as a modern art form particularly interesting to the sense of sight. Painting has its own pecular problems and specific sensations, and so has the film. But there are also problems in which the dividing line is obliterated, or where the two infringe upon each other. More especially, the cinema can fufill certain promises made by the ancient arts, in the realization of which painting and film become close neighbors and work together."

In 1957, Hans Richter finished a film named Dadascope with original poems and prosa spoken by their creators: Hans Arp, Marcel Duchamp, Raoul Hausmann, Richard Huelsenbeck, and Kurt Schwitters.


Image de Rythme 21 de Hans Richter

Hans RICHTER and The Film Society Workshop, Everyday, 1929-1967, 17 minutes, BFI National Film & Television Archive, London

Réclame pour Europa Radio de Hans Richter, 1931

réédition récente de Hans RICHTER, DADA, Art & Anti-Art, d'abord publié en 1964

Marcel Duchamp dans le film de Hans RICHTER, Dreams That Money Can Buy (Träume zu verkaufen, Träume für Geld), 1947

Regie: Hans Richter
Buch: H. Richter, Max Ernst, Fernand Léger, Man Ray, Marcel Duchamp & Alexander Calder
Musik: Louis Applebaum, Paul Bowels, John Latouche, Darius Milhaud, John Cage, Edgar Varèse, David Diamond & Duke Ellington
mit Max Ernst, Alexander Calder, Bernard Friend, Ruth Sobotka, Jack Bittner, Dorothy Griffith
USA 1944 – 1947

83 Minutes


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On peut voir, sur le blog d'Étienne Mineur -

http://www.my-os.net/blog/index.php?2006/04/14/332-hans-richter

Rythme 21, 1921

Rythme 23, 1923

Filmstudie, 1925

DADA-BERLIN (II)


Devrait être dadaïste celui qui a compris, une fois pour toutes, qu’on a le droit d’avoir des idées que lorsqu’on les applique dans la vie − le type totalement actif, ne vivant que d’action, son seul moyen de connaissance.

(...)

Le dadaïste se sert de sa capacité psychologique de pouvoir lancer son individualité comme un lasso ou de la laisser flotter au vent comme un vêtement. Demain, il ne sera plus le même qu’aujourd’hui et après-demain, il ne sera peut-être plus « rien du tout » pour ensuite être tout.

Richard HUELSENBECK, En avant DADA. L'histoire du dadaïsme, 1920








QU’EST-CE QUE LE DADAISME ET QUE VEUT-IL EN ALLEMAGNE ? (1919)


I.


LE DADAISME EXIGE :

1. L’association internationale et révolutionnaire de tous les hommes et femmes créateurs et intellectuels du monde entier sur la base du communisme radical.

2. L’introduction progressive du chômage par la mécanisation généralisée de toutes les activités. Car seul le chômagedonnera à chaque individu la possibilité de prendre conscience de la réalité de la vie et de s'habituer enfin à faire sa propre expérience.

3. L’abolition immédiate de toute propriété (la socialisation) et l'alimentation collective ainsi que la construction de villes-lumières et de jardins qui seront la propriété de la communauté et permettront à l'humanité d'accéder à la liberté.


II.


LE COMITÉ CENTRAL PROPOSE :

a) L'alimentation quotidienne publique et gratuite de tous les hommes et toutes les femmes créateurs et intellectuels sur la Place de Potsdam (Berlin).

b) L’adhésion obligatoire de tout le clergé et de tout le corps enseignant à la profession de foi dadaïste.

c) Le combat le plus brutal contre toutes les tendances des prétendus « travailleurs de l’esprit » (Hiller, Adler), contre leur esprit bourgeois dissimulé, contre l’Expressionnisme et contre la culture post-classique telle qu'elle est représentée par le groupe du « Sturm ».

d) La construction immédiate d’un Centre d’Art d’Etat et l’abolition du concept de propriété dans l’art nouveau (expressionnisme) ; ce concept de propriété est absolument exclu dans le mouvement dadaïste supra-individuel, qui libère toute l’humanité.

e) L’introduction du poème simultané comme prière communiste de l'État.

f) L'utilisation des églises pour des performances bruitistes et des interprétations de poèmes simultanés et dadaïstes.

g) La création, dans chaque ville de plus de cinquante mille habitants, d'un Conseil Dadaïste pour la réorganisation de la vie .

h) La réalisation immédiate et à une large échelle d’une campagne de propagande dadaïste, avec cent cinquante cirques, pour l’information et l'éducation du prolétariat.

i) Le contrôle de toutes les lois et de tous les décrets par le Comité Central Dadaïste de la Révolution mondiale.

j) La réglementation immédiate de toutes les relations sexuelles selon l'esprit international dadaïste.

Le Comité Central des dadaïstes révolutionnaires
Groupe Allemagne : HAUSMANN, HUELSENBECK, GOLYSCHEFF.
Siège social : Charlottenburg, Kantstrasse 118
Les déclarations d'adhésion sont à envoyer à cette adresse.

DADA ZURICH : ARP (II)


Hans (Jean) ARP, Die Grablegung der Vögel und Schmetterlinge. Bildnis Tristan Tzara, 1916-1917, 40 X 33 X 10, Zurich, Kunsthaus



dada est pour le sans sens ce qui ne signifie pas le non sens.
dada est sans sens comme la nature.
dada est pour la nature et contre l'« art ».
dada est direct comme la nature et cherche à donner à chaque chose sa place essentielle.
dada est pour le sens infini et les moyens définis.

Hans (Jean) ARP, Jours Effeuillés, 1931


L'art est un fruit qui pousse dans l'homme, comme un fruit sur une plante ou l'enfant dans le sein de sa mère. Mais, tandis que le fruit de la plante, le fruit de l'animal, le fruit dans le sein de sa mère, prend des formes autonomes et naturelles, l'art, le fruit spirituel de l'homme, fait preuve la plupart du temps d'une ressemblance ridicule avec l'aspect d'autre chose. Ce n'est qu'à notre époque que la sculpture et la peinture se sont libérées de l'aspect d'une mandoline, d'un président en habit, d'une bataille, d'un paysage. J'aime la nature, non ses succédanés. L'art naturaliste, illusionniste, est un succédané de la nature.

Nous ne voulons pas copier la nature. Nous ne voulons pas reproduire, nous voulons produire. Nous voulons produire comme une plante qui produit un fruit et ne pas reproduire. Nous voulons produire directement et non par truchement. Comme il n'y a pas la moindre trace d'abstraction dans cet art nous le nommons : art concret.


Hans (Jean) ARP, Jours Effeuillés, 1931


Je voulais trouver un autre ordre, une autre valeur de l'homme dans la nature. Il ne devait plus être la mesure de toute chose, ni tout rapporter à sa mesure, mais au contraire toutes choses et l'homme devaient être comme la nature, sans mesure. Je voulais créer de nouvelles apparences, extraire de l'homme de nouvelles formes.


Hans (Jean) ARP, Jours Effeuillés, 1931



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cher monsieur brzekowski

vous me demandez ce que je pense de la peinture de la sculpture et particulièrement du néoplasticisme et du surréalisme.

pour répondre à cette question je suis obligé de commencer par dada que tzara et moi avons accouché avec grande joie. dada est le fond de tout art. dada est pour le sans sens ce qui ne signifie pas le non-sens. dada est sans sens comme la nature. dada est pour la nature et contre l' "art". dada est direct comme la nature et cherche à donner à chaque chose sa place essentielle. dada est pour le sens infini et les moyens définis.

la vie est le but de l'art. l'art peut mécomprendre ses moyens et ne faire que mirer la vie au lieu de la créer. alors les moyens sont illusionnistes descriptifs académiques. j'ai exposé avec les surréalistes parce que leur attitude révoltée envers l' « art » et leur attitude directe envers la vie était sage comme dada. dans les derniers temps les peintres surréalistes ont employé des moyens illusionnistes descriptifs académiques ce qui ferait beaucoup plaisir à rops.

le néoplasticisme est direct mais exclusivement visuel. il lui manque le rapport des autres facultés humaines.mais finalement je trouve que l'homme n'est ni un parasol ni un para-la-si-do ni un paramount car il se compose de deux cylindres carnivores dont l'un dit blanc quand l'autre dit noir.

agréez monsieur mes citrons empressés

Hans Arp

Hans (Jean) ARP, CHER MONSIEUR BRZEKOWSKI, 1927



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Pour ceux parmi les hommes dont l'âme a dépassé celle des mille-pattes, des araignées, des poux, des limaces, des mouches, des sangsues, des banquiers, des politiciens, et qui veulent s'approcher de la beauté et de la lumière je cite ces quelques lignes de Plotin : « Il faut d'abord rendre l'organe de la vision analogue et semblable à l'objet qu'il doit contempler. Jamais l'oeil n'eût aperçu le soleil, s'il n'avait d'abord pris la forme du soleil ; de même l'âme ne saurait voir la beauté, si d'abord elle ne devenait belle elle-même, et tout homme doit commencer par se rendre beau et divin pour obtenir la vue du beau et de la divinité. »


Hans (Jean) ARP, QUELQUES LIGNES DE PLOTIN, Vers 1930


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DE PLUS EN PLUS JE M´ÉLOIGNAIS DE L´ESTHÉTIQUE

De plus en plus je m´éloignais de l´esthétique. Je voulais trouver un autre ordre, une autre valeur de l´homme dans la nature. Il ne devait plus être la mesure de toute chose, mais au contraire toutes choses et l´homme devaient être comme la nature, sans mesure. Je voulais créer de nouvelles apparences, extraire de l´homme de nouvelles formes. Ceci se précisa en 1917 dans mes «objets ». A leur sujet Alexandre Partens écrivit dans l´Almanach Dada : « Ce fut le mérite de Jean Arp d´avoir découvert à partir d´un certain moment le véritable problème dans le métier même. Ceci lui permettait de le nourrir d´une imagination nouvelle et spirituelle. Il ne s´agissait plus pour lui d´améliorer, de préciser, de spécifier un système esthétique. Il voulait la production immédiate et directe comme une pierre se détachant d´un rocher, comme un bourgeon qui éclate, comme un animal qui se reproduit. Il voulait des objets imprégnés de fantaisie et non des pièces de musée, des objets animalesques aux intensités et aux couleurs sauvages, il voulait un nouveau corps parmi nous qui se suffît à lui-même, un objet dont la place est aussi bien d´être accroupi sur les coins des tables, que niché au fond du jardin ou nous fixant du mur… Le cadre et plus tard le socle lui semblaient être des béquilles inutiles… »

Dans mon enfance déjà le socle qui permet à une sculpture de se tenir debout, le cadre qui enferme le tableau comme une fenêtre, furent pour moi des motifs de gaieté, de plaisanteries et m´incitèrent à maintes espiègleries. Un jour j´essayai de peindre sur la vitre un ciel bleu sous les maisons que j´apercevais à travers la fenêtre. Ces maisons semblèrent ainsi reposer dans l´air. Parfois je sortais nos tableaux des cadres et regardais avec plaisir ces fenêtres accrochées au mur. Une autre fois je fixais un cadre dans une petite cabane en bois et sciais une ouverture derrière ce cadre. On apercevait alors un paysage charmant animé d´hommes et de bestiaux. J´invitais mon père à donner son avis sur l´œuvre que je venais d´achever. Il me regarda étrangement et avec une légère surprise. – Comme enfant, je pris plaisir aussi à me percher sur le socle d´une sculpture écroulée et d´y mimer l´attitude d´une nymphe pudique.

Voici quelques dénominations de mes objets dadaïstes : Tête d´Adam, Virgule articulante, Perroquet Imitant Le Tonnerre, Montagne au Plastron De Glace, Meuble Épelant, La Planche A Œufs, La Bouteille À Nombril. La fragilité de la vie et des œuvres humaines se convertissait chez les dadaïstes en humour noir. A peine une construction, un édifice, un monument est-il terminé que déjà commence sa décrépitude, sa désagrégation, sa décomposition, son émiettement. Les pyramides, les temples, les cathédrales, les tableaux de maîtres en sont des documents convaincants. Et le bourdonnement de l´homme ne dure pas bien plus longtemps que le bourdonnement de cette mouche qui vole avec tant de zèle autour de mon baba au rhum.

Dada voulait détruire les supercheries raisonnables des hommes et retrouver l´ordre naturel et déraisonnable. Dada voulait remplacer le non-sens logique des hommes d´aujourd´hui par le sans-sens logique. C´est pourquoi nous frappions à tour de bras sur la grosse caisse dadaïste et trompettions les louanges de la déraison. Dada a donné un clystère à la Vénus de Milo et a permis à Laocoon et ses fils de se soulager, après des milliers d´années de lutte avec le bon saucisson Python. Les philosophies ont moins de valeur pour Dada qu´une vieille brosse à dents hors d´usage, et il les laisse pour compte aux grands meneurs du monde. Dada dénonce les ruses infernales du vocabulaire officiel de la sagesse. Dada est pour le sans-sens ce qui ne signifie pas le non-sens. Dada est un sens comme la nature. Dada est pour la nature et contre l´art. Dada est direct comme la nature. Dada est pour le sens infini et les moyens définis.

Hans (Jean) ARP, On my way, 1948


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LA MESURE DE TOUTES CHOSES

L´homme se comporte comme s´il avait créé le monde et comme s´il pouvait jouer avec lui. Presque au début de son glorieux développement il forgea cette phrase que l´homme est la mesure de toute chose. Là-dessus il se mit rapidement au travail, et renversa tout ce qu´il put dans le monde pour le mettre sens dessus dessous. La Vénus de Milo gît en morceaux sur le sol. Avec la mesure de toute chose, avec lui-même, il donné la mesure de la démesure. Il a taillé dans la beauté, et cet outrecuidant tailleur a gâché son ouvrage. De grand tailleur il est devenu confectionneur, et le magasin de confection est devenu une présentation des modèles de la folie. Désordre, confusion, inquiétude, non-sens, démence, mélancolie, démonomanie dominent le monde. Fœtus bicéphales et géométriques, corps humains à tête de champignon jaune, bâtards à forme d´éventail pourvu de trompe, estomacs qui ont des dents, yeux sans maître, gigantesques souris distinguées montées sur des béquilles, pyramides engraissées ou amaigries traînant les pieds et dont les yeux humains sont larmoyants, mottes de terre sexuées, et ainsi de suite, ainsi de suite sont nés sur la toile ou dans la pierre.


Hans (Jean) ARP, On my way, 1948


http://www.fondationarp.org/onway.htm

DADA ZURICH : ARP

Hans (Jean) ARP, Avant ma naissance, 1915, collage, Coll. part.


Hans (Jean) ARP, Dessin automatique, 1916, encre, 42 X 54, New York, Museum of Modern Art


A majority of the words that Ball used to characterise or describe Dada associate it with the context of an absurd theatre of life without meaning or reason. There is a strong comic element in the role of the Dadas and his task is to ridicule the "pose of morality" of the bourgeoisie, of its "idealism". But this ridicule is at the same time laughter on the edge of the abyss.

There are significant parallels to such a conception of Dada in the work of Arp. Apart from the fact that he repeatedly contributed to the soirées of the Cabaret Voltaire, that he designed masks for these performances, that he participated, we encounter in his work time and again similar statements and conceptions, for example, when he explains in his way the function of Dada laughter: "Although dinner for most of us was a symbolic act, an incredible amount of malice and stupidity was reduced in an instant to dust by our tremendous laughter." (1)

Like Ball’s diary notes, texts by Arp make clear how ambiguously the Dadas themselves saw their game, how important it was for them to expose in their game the discrepancy of appearance and reality, in fact, to reveal this discrepancy for the first time, and how significant they saw their role in this process, how seriously they took this role in spite of everything.

There are not only parallels to Ball’s conception of Dada in Arp’s work, however, Richter, who even seemed suspicious to Ball at times, devoted an entire chapter of his major work on Dada to "laughter" as an essential activity of the group in Zurich. He wrote there :

The unprofessionals and art historians recognised us more by our laughter than by anything we did. Because of our external and internal perceptive powers we were aloof from the world of the petty bourgeouis. [...] we laughed to our heart’s delight. In this way we destroyed, affronted, ridiculed and laughed. We laughed at everything. We laughed at ourselves, as we did at the kaiser, king, and fatherland, beerbellies, and pacifiers. We took our laughter seriously; it was our very laughter that guaranteed the seriousness of our anti-art activities in our efforts to find ourselves. (2)

Part of this laughter, this laughing about others and everything and at the same time making fun of oneself were also various Dada jokes and fictive anecdotes. Arp reports in Unsern täglichen Traum that he had had a duel with Tzara on the Rehalp near Zurich, in which he had been "lightly wounded in the left upper thigh" after four exchanges of pistol fire. After the duel, he continues, "the two foes left the battle field unreconciled." (3) The popular Swiss writer Jakob Christoph Heer, who was named a witness to the duel in the bogus report, immediately denied, of course, this latest prank of the Dadas.‘

Arp remained friends with all Dadas thoughout his life in spite of the changing constellations, the differences and enmities that later developed between individual Dadas (between Huelsenbeck and Tzara, and between Huelsenbeck and Hausmann). The Swiss writer Fritz Glauser, who in retrospect was very critical of Dada and his own Dada activities, characterized Arp in his Dada-Erinnerungen as "amiable" :

I met the painter Arp, an amiable Alsacian with a friendly face who spoke in the same breath on the German mystics of the Middle Ages and funny disturbances in the digestive organs. Except for a few Gothicists amongst the painters, he only respected Leibl and the Cubists. It always seemed very arduous to me to converse with him. People were all so surprisingly cheerful. And still the pressure of the war grew from day to day. Didn’t they sense it ? (4)

Similar reports by Richter, Emmy Hennings, Ball, et. al. could be added to this testimony to complete it without any difficulty, and without any essential changes in the picture provided by Arp’s friends.

Arp saw Dada above all as a new artistic attitude. His participation in the Dada demonstration and blagues in the Cabaret Voltaire suggests that this new attitude also had for him a social, or, more precisely, an antisocial, antipolitical aspect :

Disgusted by the slaughter of the World War in 1914, we dedicated ourselves to the fine arts in Zurich. While in the distance the thunder of the cannons rumbled, we sang, painted, glued, wrote with all our strength. We were looking for an elemental art which would heal people of the madness of the times and a new order which would restore the balance between heaven and hell. (5)

Elsewhere he wrote :

Madness and murder were competing with each other as Dada was born of primeval sources in Zurich in 1916. The people who were not directly involved in the horrible insanity of the World War acted as though they didn’t understand what was taking place all around them. They stared into space with glassy eyes like lost lambs. Dada sought to wake them up from their pitiful impotence. Dada abhorred resignation. (6)

Arp’s role in Zurich Dada is characterised rather precisely by the fact that he painted, glued, and wrote "with all the strength of his heart" in this political and social situation instead of becoming politically involved, as later did, in particular, the Berlin Dadas. He opposed the "insanity" of the times with the "senselessness" of art. (7) He searched for and found an "elemental" art and tried to establish a "new order", a concept that for him meant first and foremost a new aesthetic order.

What he calls "elemental" art here he later called "concrete" or at times also "abstract" art. (8) "Abstract art (which Hans Arp unswervingly advocates)," Ball noted on 13 April 1916, (9) in his diary, which provides insight into Arp’s artistic views and aims :

Arp speaks out against the bombast of the gods of painting (the expressionists). He says Marc’s bulls are too fat; Baumann’s and Meidner’s cosmogonies and mad fixed stars remind him of the stars of Bölsche and Carus. He would like to see things more ordered and less capricious, less brimming with colour and poetry. He recommends plane geometry rather than painted versions of the Creation and the Apocalypse. When he advocates the primitive, he means the first abstract sketch that is aware of complexities but avoids them. Sentiment must go, and so must analysis when it occurs only on the canvas itself. A love of the circle and the cube, of sharply intersected lines. He is in favour of the use of unequivocal (preferably printed) colours (bright paper and fabric); and he is especially in favour of the inclusion of mechanical exactness. I think he likes Kant and Prussia because (in the exercise yard and logic) they are in favour of the geometrical division of spaces. In any case, he likes the Middle Ages mostly for their heraldry, which is fantastic and yet precise and exists in its entirety, right to the last really prominent contour. If I understand him correctly, he is not concerned so much with richness as with simplification. Art must not scorn the things that it can take from Americanism and assimilate into its principles; otherwise it will be left behind in sentimental romanticism. Creation for him means separating himself from the vague and the nebulous. He wants to purify imagination and to concentrate on opening up not so much its store of images but what those images are made of. He assumes here that the images of the imagination are already composites. The artist who works from his freewheeling imagination is deluding himself about originality. He is using a material that is already formed and so is undertaking only to elaborate on it." (10)

Taeuber’s work in particular had a decisive influence on Arp’s artistic development after 1915. "She is led in her first abstract compositions to the greatest degree of simplification" by her search "for new solutions to the problems in art", by "her spiritual purity and her love of craftsmanship." (11) Arp and Taeuber subsequently worked together a lot on horizontal and vertical images, glued works, on many other projects :

Working together or alone, we embroidered, wove, painted, glued geometric and static pictures. Impersonal, austere structures were created out of planes and colours. No blotches, tears, no fibres, no inexactitudes were to spoil the clarity of our work. We even threw away the scissors with which we had first cut out our paper images because they too clearly revealed the personal involvement of the hand. After that we used a paper cutting machine. We tried humbly to get as close as possible to ‚pure reality‘. What we practised was the art of tranquillity. We turned away from the outer world of rapid-paced lives to our inner being, to inner reality, to pure reality. [...] our work aimed at simplifying, transforming, beautifying. [...]

I continued the development of glued works by structuring them spontaneously, automatically. I called this working 'according to the law of chance.' The 'law of chance', which incorporates all laws and is as inscrutable to us as is the abyss from which all life comes, can only be experienced by surrendering completely to the unconscious. I claimed that, whoever follows this law, will create pure life. (12)

A final quotation will conclude this excursus on Arp’s statements about his development as an artist during the Zurich period and will at the same time make clear how he evaluated this period himself.

"The years during which we worked exclusively on paper and cloth pictures, embroidery work, with new materials and in which we avoided oil painting had a cleansing effect on us; they were like intellectual exercises to help us finally understand painting in its original pure state." (13)

For Arp thus, the "tortuous period" came to an end in his Dada years in Zurich; in this period he concluded his attempts to free himself from the "inculcated, traditional forms of art" and achieved a new understanding of the fine arts, encountered the problems that were to reappear again and again in his work for the rest of his life.

Arp’s attempts to " overcome the inculcated, traditional forms of art" should be understood not only as opposition to "academic painting" that depicts " illusion instead of life and nature" (14); it can also be seen as a fundamental attempt to free himself from an inculcated, conventional notion of art, from traditional conceptions of art all together. This is characteristic of Arp’s work in both the fine arts and in literature. Before I turn to his literary development then, I will summarise my findings thus far.

What Arp wanted was an elemental, or, as he later called it, a concrete art. To be able to produce it, he gave up traditional approaches to representation, gave up traditional oil painting. He created images out of materials that until then were scarcely considered customary, such as paper, cloth, wood, instead of paint. He employed unusual techniques or invented new ones: gluing, tearing, cutting up. He rejected the traditional contents of images by simplifying drawings of twigs, roots, grasses, or stones into "dynamic ovals" or by creating geometric constellations from the very start out of planes and colours. The artistic aim of this work, which he repeatedly stressed in retrospective commentary, was purity, impersonality, simplicity. The work of art was no longer to have any relationship with a depictable external reality and its objects. He discovered in these experiments the "law of chance".

The three chapters on "chance" in Richter’s study of Dada, in which he defines chance as the "actual central experience of Dada," underscore how important the role of chance was in the work of the Zurich Dadas. (15) Even though this view seems one-sidedly exaggerated to me and I am more inclined to place equal importance on laughter and play, I agree with Richter when he says that the principle of chance in Dada "did not derive from literature but from the pictorial-visual arts." Richter shares, in this context, the anecdote that Arp discovered the role of chance in art in the structure of the pieces of a drawing he had thrown away, in their accidental and, in his view, successfully achieved structure. He continues: "The consequences of this was that Dada recognised chance as a new stimulus in artistic creation." (16) But chance began to play a role not only in artistic creation but even in conversations and discussions

in the form of a more or less associative way of speaking in which sounds and formal associations helped us take leaps which suddenly revealed the connections of things that had previously seemed unconnected. Tzara, Arp, Serner, Huelsenbeck were master of this art and Arp’s poems are master pieces in this technique of investigation and experience. (17)

And Richter finally says of Arp:

He became a consistent representative of work on chance and raised it in the end almost to the level of a cultic authority which his work, his pictures and his sculptures, has followed to the present time. (18)

The extent to which chance did represent a "cultic authority" for Arp is evidenced by a statement he made on the "law of chance", which was turned into a longer essay on the subject, "Die Musen und der Zufall" in 1960. (19)

For the present, the fact will suffice that Arp and the Dadas "discovered" chance and placed critical importance on it. One should not understand "discovery" here in the sense of "finding" chance from one day to the next. Richter rightly says that this discovery was in the air and that when this event took place cannot be determined precisely.

The theory of simultaneous texts, the "parole in libertà," already anticipates the discovery of chance in the work of the futurists. Gertrude Stein engaged in experiments with automatic chance inscriptions as early as 1896 (20). And in a larger context, the discovery of chance must be seen as a result of the dissolution of all aesthetic rules valid until this point, a development directed against middle-class utilitarian thinking, against notions of causality. One can thus overstate the development a bit by saying that the discovery of chance by the Dadas was itself a chance occurrence, that it could have easily happened elsewhere and did happen, in fact, at least tentatively elsewhere. Its conscious use, however, and conceiving of chance as a "new stimulus" to artistic creation, even the exaggeration of its value, was an achievement of Dada that had far-reaching consequences.

The period after 1910 was also one of active literary work by Arp. It is likely that some of the poems in the volume der vogel selbdritt which was published in 1920, were already written around 1912. The prose texts published in Der Sturm in 1913 had been completed earlier. However, we know less about the literary development of Arp before 1917 than about his work as artist. He himself recalls having made his first attempt between 1908 and 1910 "to overcome inculcated, conventional forms of art." He reports precisely having written down "sentences" during his visit to the Wintergarten restaurant in Berlin. We know also of his restructuring of familiar verse, the parodying of them, the use of individual words in unusual relationships and verbalising substantives to achieve captivating effects.

In particular, using words to achieve captivating effects, "doing away with sentences for the sake of the individual word," and then doing away with the word as well were to become an essential language experience of the Dadas. All of this had, of course, been anticipated again by Italian futurism.

Ball records in his diary Die Flucht aus der Zeit :

We have now driven the plasticity of the word to the point where it can scarcely be equaled. [...] We tried to give the isolated vocables the fullness of an oath, the glow of a star. And curiously enough, the magically inspired vocables conceived and gave birth to a new sentence that was not limited and confined by any conventional meaning. Touching lightly on a hundred ideas at the same time without naming them, this sentence made it possible to hear the innately playful, but hidden, irrational character of the listener; it awakened and strengthened the lowest strata of memory. Our experiments touched on areas of philosophy and of life that our environment – so rational and precocious – scarcely let us dream of. (21)

Arp did not go quite so far in his justification of his literary work during his actual Dada years in Zurich, that is, after 1916 :

Words, slogans, sentences, which were selected from daily newspapers and especially from advertisements in them, formed the basis of my poems in 1917. I often selected words and sentences from newspapers with my eyes closed by marking them with a pencil. I called these poems "arpades". It was the beautiful "period of Dada" in which we hated and ridiculed with all our hearts the enchasing of our work, the confused looks of wrestlers of the intellect, the titans. I interwove the words and sentences selected from the newspapers with freely improvised words and sentences of my own. Life is a mysterious breath of air, and the result of it can be nothing more than a mysterious breath of air. I wrote a number of "arpades", which, however, as was fitting, quickly vanished, disappeared. We wanted to look through things and see the essence of life, and that is why we were moved at least as much by a sentence from a newspaper as by one written by a great poet. (22)

These conversations and discussions at that time, in which, as Richter writes, chance began to play a role "in the form of a more or less associative way of speaking in which sounds and formal associations helped us to take leaps which suddenly revealed the connections of things that had previously seemed unconnected" – these conversations apparently produced in 1917 a number of "simultaneous poems" (23) or cooperatively composed "automatic" chance compositions. Arp added an instructive preface to a 1957 reprint of his simultaneous texts, Die Geburt des Dada, which included, as well, some poems never published before:


The Odeon Café in Zurich became Dada’s Mecca and Medina. The numbers of Dadaists became so large that whoever wanted to have a sensitive exchange of ideas had to find a quieter place. Since Tzara, Serner, and I wanted to compose automatic poetry cooperatively, we met in the Terrace Café. I wrote about this poetry in my book Unsern täglichen Traum the following: 'Tzara, Serner, and I wrote a cycle of poems in the Terrace Café, entitled Die Hyperbel vom Krokodilcoiffeur und dem Spazierstock. This kind of poetry was later christened ‚automatic poetry‘ by the Surrealists. Automatic poetry is created directly from the intestines or other organs of the poet which have stored suitable reserves. He was to be hindered neither by Lonjumeau’s postilion nor the hexameter, neither by grammar nor aesthetics, by Buddha nor the sixth commandment. The poet crows, curses, sighs, stutters, yodels, as he sees fit. His poems resemble nature. The things which people like to call trivial are as precious to him as noble rhetoric, for in nature a particle is as beautiful and important as a star, and it is only people who presume to decide what is beautiful or ugly.' (24)

The same year Arp wrote texts by himself that are "related to automatic poems" :

Many poems in die wolkenpumpe are related to automatic poems. They were written down, like the Surrealistic automatic poems, uninhibitedly without thinking or revision. Dialect constructions, ancient sounds, vulgar Latin, confusing onomatopoetic words and verbal spasms are particularly noticeable in these poems. The "cloud pumps" are, however, not only automatic poems, but already anticipate my "papiers déchirés", my "torn pictures", in which "reality" and "chance" can be developed uninhibitedly. The essence of life and decay is incorporated into the picture by tearing the paper or drawing. The same intent produced the "cloud pumps" in 1917. I wrote these poems in a script that is difficult to decipher so that the printer would be forced to use his imagination, and in deciphering my text, participate poetically. This collective work was very successful. Horny verbal forms and distortions resulted which moved and affected my at that time. How many medieval copiers of manuscripts, I said to myself, will have contributed some deep thought to their work out of misinterpretation or inattentiveness! How much immortal beauty is the result of the further development of a falsely interpreted art form! My attitude is slightly different today. (25)

And, in addition, a third type of poetry was probably already developed in this period: the rhymed, four-lined, stanzaic poems in Pyramidenrock. Arp did not comment on them in his "Guide"; on the other hand, he does mention them in the text "Vom Hundertsten ins Tausendste" (26), which is more poem than essay and gives an impression of those conversations in which, as Richter said,

sounds and formal associations helped us to take leaps which suddenly revealed the connections of things that had previously seemed unconnected: We were often on the verge of tearing our hair out. Our creative aspirations carried us from one subject to another. Suggestions were made in quick succession. Sketches quickly succeeded one another. One thing occured to us, and then was dropped. Ideas were rejected, accepted, rejected.

This period had a favourable influence on my poetry. Many poems in Pyramidenrock are continuations of these conferences. Here are only a few of the poems from Pyramidenrock. (27)

Arp’s complete literary works until 1918 consist in the poems in der vogel selbdritt, probably composed for the most part before 1916; in the "arpades" which are not completely "lost" (28); the "cloud pumps"; the poems in Pyramidenrock; and the collaboratively written simultaneous poems. However, while other artists very quickly published their literary works – Huelsenbeck published his Phantastische Gebete (Fantastic prayers) and Schalaben Schalabei Schalamezomai already in 1916, and Tzara his Vingt-Cinq Poèmes in 1918 – Arp initially contributed only graphics to the independent publications of other Dadas and to Dada journals.

The larger public first became familiar with Arp’s poetry in a recital in March 1917 :

On March 18, 1917, in Mary Wigman’s and R. von Laban’s dance school my friend Neitzel, wearing a turban, read some of my poems from die wolkenpumpe for the first time. (29)

This date disagrees with the one given by Ball in his diary on 18 March 1917 :


Last Sunday there was a costume party at Mary Wigman’s. For the first time we heard poems by Hans Arp, read by his friend Neitzel, sitting on a rug like a dervish. The poems are full of metaphor and old fairy tales; reminiscent of the woman’s dress in the Mainz cathedral with goblins dancing and turning somersaults on it. (30)

A second reading of his poems took place a few days later in the program celebrating the opening of the Dada Gallery that Ball and Tzara installed and directed together. Ball includes Neitzel’s reading of Arp’s poems in the program list he gives for the event in his diary and dates it 29 March 1917 (31), while Tzara gives the date for the opening as 23 March in his "Chronique Zurichoise" (32).

Another public recital of Arp poems took place on 9 April 1919, at the eight Dada soirée (33), the highpoint and simultaneously the conclusion of Dada demonstrations in Zurich. This time, Katja Wulff was the reciter :

At the great Dada evening in the Kaufleuten (Merchant’s Hall) Katja Wulff demonstrated great courage. Under a fire-red bag, which was propped above her upside-down like a tent, she read loudly, calmly, clearly the poems from the Wolkenpumpe, that are as irrational as nature is. The threatening behaviour of the art connoisseurs, who were getting ready to attack the fire-red bag, did not startle ‚Dada’s heroine‘ at all. Katja Wulff finished reading my poems. (34)

One should not take too literally the reference to the "threatening behaviour of the art connoisseurs, who were getting ready to attack the fire-red bag." The stage was not stormed until later during Serner’s reading from his Letzte Lockerung. Richter’s remarks seem more accurate; he describes this soirée pars pro toto thoroughly :

There was more [opposition, R.D.] to Arp’s Die Wolkenpumpe which only occasionally was interrupted by calls of 'nonsense‘ or mockery. (35)

Arp’s first texts from this period were not published until May 1919, in the double number 4-5 of the journal Dada, the so-called Dada Anthology, which was edited by Tzara. It includes twelve texts by Arp in linear script (with one exception) under the title aus . die wolkenpumpe and a short simultaneous text of the sort already described, signed by "H.A., W.S., T.T." (Hans Arp, Walter Serner, Tristan Tzara), which is a "book review" of Huelsenbeck’s Verwandlungen. With the eight Dada soireé and the publication of the Dada Anthology, the Dada movement in Zurich had passed ist climax. In October 1919 appeared the sole number of Der Zeltweg, which Richter called a kind of "afterbirth" of Zurich Dada and which he considered, however, "rather tame [...] in comparison to the classical Dada issues." (36) With texts from die wolkenpumpe and the Hyperbel vom Krokodilcoiffeur und der Spazierstock, it represents the second literary publication by Arp in the period of Zurich Dada. The Zurich Dada movement had finally reached its end with this "afterbirth"; the Chronique Zurichoise (Zurich chronicle) also concludes with a list of its contributors. Ball had already distanced himself from Dada with his Dada manifesto read at the first Dada soirée on 14 July 1916, and was no longer living in Zurich by this time. Huelsenbeck had already returned to Berlin in 1917. The Dadas who remained in Zurich now went their own separate ways: Tzara to Paris, Arp at first to Cologne.

All reports on recitals of poems by Arp, with one exception (37), agree that they involved the reading of texts from die wolkenpumpe. These reports, whenever recitals were taken into consideration, were repeated time and again without hesitation in studies of Arp. Even the publications in Dada 4-5 and Der Zeltweg were in practice treated as preprints of texts from the same volume. An attentive reader had to be puzzled, since only six (or two) of the texts printed appeared a year later in die wolkenpumpe and six (or five) were included in der vogel selbdritt. One could assume that what was being read at these recitals were not only poems from die wolkenpumpe, but also from der vogel selbdritt and even Der Pyramidenrock. This seems likely since the first poem in Dada 4-5 and the last three poems in Der Zeltweg are not only printed first in der vogel selbdritt but are also included in Der Pyramidenrock in 1924.

This assumption is supported by a quotation from Nein und ja (No and yes), Otto Flake’s roman à clef on Zurich Dada. Flake quotes in full here four poems by Arp – read, on the other hand, he says, to an exclusively private circle – that belong in the context of der vogel selbdritt. He says by way of introducing these poems: "If you are not malevolent, you will feel how pure, unburdened by problems of the spirit, what a fantastic game the world is here, causality eliminated, the connecting links left out, everything given simultaneously, silver balls on fountain water spouts." (38)

And he subsequently said about the recital and the nature of poems :

He recited, as one should according to Lauda’s view, in a monotone, without any emphases to help comprehension or assimilation, delivering only the material without appreciative interpretation, which was left up to the reader. Nothing was as far as this from the prepackaging by the actor who delivers the ensemble all finished, as they say in the tailor’s business. This monotony corresponded to the prevailing tone regarding the phenomena of the world: they were phenomena and nothing more, rolling out of the sleave of the magician with the magic hat, tumbling into the waterfall of time, hard at each other’s heels, a procession of fetuses, each begrudging the other his span of time. Nüssli was the only one who didn’t notice the distinctive way of trying to yodle when reading the manifesto. The others were left with some kind of intertwined image of the Milky Way and a tree; but they were disconcerted and asked what value such art had for thought or satisfying inner needs. "They are fairy tales," d’Arigo said, "but a weak foundation on which to lauch a revolution in art, and even the fantasising gets lots continuously in mere verbal inspirations without connections." "Quite right," Lisbao answered, "unconnectedness is one of the things we require. (39)

Since Flake had already met Arp in the Strassburg period, in the circle of the Stürmer (Advanced Guards), we can assume that what he says in Nein und Ja about Arp’s poetry agrees more or less with Arp’s view or at least corresponds to his ideas.

The claim "They are fairy tales" in Flake’s novel agrees with Ball’s commentary: "His verses are full of figures and forgotten fairy tales." Flake talks of "poems", Ball of "verses" in reference to the two recitals in 1917. On the other hand, the texts from die wolkenpumpe published in Dada 4/5 and in Der Zeltweg, in part even as they appeared in the book version, were printed linearly like prose. We would therefore be completely justified in theorising that the Arp poems recited in 1917 are to be included, at least for the most part, in the texts published in 1920 under the title der vogel selbdritt. This thesis is supported by the fact that the two recitals already took place in March, at the beginning of the year. Arp generally gives the date of composition of poems in die wolkenpumpe as 1917, a date supported also by numerous remarks in his autobiographical essays. Since he did not like to present his artistic work to the public right after its completion, a recital of poems from the latter work in March 1917, scarecly seems conceivable. It does, however, seem probable that such a recital took place at the eighth Dada soireé on April 9, 1919. We can also assume that a compilation was read at that event similar to those in Dada 4/5 and Der Zeltweg under the heading aus . die wolkenpumpe – texts from the later volumes die wolkenpumpe, der vogel selbdritt, and Der Pyramidenrock – since the journal publications took place shortly after the recital. It is quite conceivable that Arp in 1919 still considered all of his literary works to be "cloud pumps" and identified them as such, and that it was not until 1920 that he divided his completed poems into two volumes: der vogel selbdritt containing mainly pre-Dada works (those written therefore up to 1916) and die wolkenpumpe mainly "Dada works" (those written since 1916-1917).


Notes

1. Hans Arp, "Vom Hundersten ins Tausendste," in Unseren täglichen Traum... Erinnerungen, Dichtungen und Betrachtungen aus den Jahren 1914-1954 (Zurich: Arche, 1955), 40f.

2. Hans Richter, Dada: Kunst und Antikunst (Cologne: DuMont, Schauberg, 1964), 66f.

3. Basler Nachrichten, no. 307 (8 July 1919), cited in Arp, "Vom Hundersten ins Tausendste," 42. The denial appeared in St. Galler Tageblatt (9 July 1919). Tzara gives the month of the duel in his "Chronique Zurichoise," p.28, as June: "June, 1919: fictitious duel between Arp and Tzara on the Rehalp with pistols but aimed in the same direction before invited guests to celebrate a private bluish victory."

4. Fritz Glauser, "Dada Erinnerungen," in Die Geburt des Dada, ed. Hans Arp, Richard Huelsenbeck, and Tristan Tzara (Zurich: Arche, 1957),150.

5. Hans Arp, "Dadaland," in Unsern täglichen Traum, 51. See the French version in On My Way, 86: "In Zurich in 1915, lacking interest in the slaughterhouses of the war, we devoted ourselves to the fine arts."

6. Hans Arp, "Dada war kein Rüpelspiel", in Unsern täglichen Traum, 20.

7. "Dada is in favour of ‚senselessness‘ in art, which does not mean nonsense, Dada is, like nature, without meaning..." (Hans Arp, "Dada-Sprüche," in Unsern täglichen Traum, 50).

8. The terms "abstract" and "concrete" were used at that time somewhat confusedly, the meant, however, approximately the same thing for Arp. In Unsern täglichen Traum the two terms are still being used interchangeably. At any rate, "abstract" always meant for Arp "nonrepresentational."

9. Hugo Ball, Die Flucht aus der Zeit (Munich and Leipzig: Dunker and Humblot, 1927), 90. The English translations for this and all subsequent quotations from this work have been taken from Hugo Ball, Flight out of Time, ed. John Elderfield (New York: Viking, 1974), 50.

10. Ibid., 53.

11. Hans Arp, "Sophie Taeuber," in Unsern täglichen Traum, 10.

12. Hans Arp, "Miszellen," in Unsern täglichen Traum, 73f.

13. Arp, "Sophie Taeuber,"

14. 14. Arp, "Dada-Sprüche," 50.

15. Richter, Dada: Kunst und Antikunst, 51ff.

16. Ibid., 52.

17. Ibid., 53.

18. Ibid., 55f.

19. In the journal du 20 (October 1960), 14ff.

20. Gertrude Stein and L.M. Solomons reported on their experiments, which, of course, were more in the area of psychology under the title "Normal Motor Automatism," The Psychologial Review 3, no. 5 (September 1896): 492ff.

21. Ball, Flight out of Time, 67f.

22. Hans Arp, "Wegweiser," in Wortträume und schwarze Sterne (Wiesbaden: Limesverlag, 1953), 6f.

23. First published in part in Arp, Huelsenbeck, Tzara, Die Geburt des Dada, 92-102. This type of "simultaneous poem" should not be confused with the so-called poèmes simultans, which were recited cooperatively and generally written as a score. They are printed in Die Geburt des Dada following page 32. I cite here Ball’s description: "All styles of the last twenty years came together yesterday. Huelsenbeck, Tzara, and Janco took the floor with a ‚ poèmes simultan‘ (simultaneous poem). That is a contrapuntal recitative in which three or more voices speak, sing, whistle, etc. at the same time in such a way that the elegiac, humorous, or bizarre content of the piece is brought out by these combinations. In such a simultaneous poem, the willful quality of an organic work is given powerful expression, and so is its limitation by the accompaniment. Noises (an ‚rrrr‘ drawn out for minutes, or crashes, or sirens, etc.) are superior to the human voice in energy. The "simultaneous poem" has to do with the value of the voice. The human organ represents the soul, the individuality in its wanderings with its demonic companions. The noises represent the background – the inarticulate, the disastrous, the decisive. The poem tries to elucidate the fact that man is swallowed up in the mechanistic process. In a typically compressed way it shows the conflict of the vox humana (human voice) with a world that threatens, ensnares, and destroys it, a world whose rhythm and noise are ineluctable" (Ball, Flight out of Time, 57).

24. Arp, Huelsenbeck, Tzara, Die Geburt des Dada, 92. Arp wrote this preface in 1957 in Meudon. The quote in the second part is taken from Arp, "Dadaland," 54.

25. Arp, "Wegweiser," 7.

26. Arp, "Vom Hundersten ins Tausendste," 34ff.

27. Ibid., 36.

28. Arp included on of his "arpades" in die wolkenpumpe and developed it further in 1945 by "interpolation."

29. Arp, "Dada war kein Rüpelspiel," 27.

30. Ball, Flight out of Time, 100f. I am inclined to accept Ball’s date as accurate. Arp possibly looked at Die Flucht aus der Zeit when he was writing his memoirs and, instead of calculating the date backward, took by error the date of the entry for the date of the recital.

31. Ball, Die Flucht aus der Zeit (Munich and Leipzig: Duncker and Humblot, 1917), 153.

32. Tristan Tzara, "Cronique Zurichoise," in Dada Almanach, ed. Richard Huelsenbeck (reprint, 1920 ; New York: Something Else Press, 1966), 16.

33. Tzara identifies this soireé as the 9th Dada soireé ("Cronique Zurichoise," 24). I could not determine whether this was a printer’s error, a slip of the pen or the result of a different numbering system. The extant program of the event (reproduced, amongst other places, in Richter, Dada: Kunst und Antikunst, 80) records clearly "8th Dada soireé."

34. Arp, "Dada war kein Rüpelspiel," 27.

35. Richter, Dada: Kunst und Antikunst, 81.

36. Ibid., 83.

37. Hennings is the only one who, in her memoirs on the "Cabaret Voltaire," permits the conclusion that Arp had read from die wolkenpumpe and Der Pyramidenrock. This is made all the more likely when, a few lines later in her memoirs, she reports that "Arp’s credo at that time" had been "I am the great ABC." Hennings, however, also does not refer to the poems from der vogel selbdritt. See Emmy Hennings, Ruf und Echo (Einsiedeln, Zurich, Cologne: Benziger, 1953), 90-91.

38. Otto Flake, Nein und Ja (Berlin: Die Schmiede, 1923), 76.

39. Ibid., 78.


Reinhard DÖHL, « Hans Arp and Zurich Dada »

Translated from the German by Roy F. Allen and the author

Thursday, May 18, 2006

DADA -ZURICH : Emmy HENNINGS


Emmy HENNINGS, 1916


Hans RICHTER, Portrait visionnaire d'Emmy Hennings, 1917


Emmy HENNINGS, 1916

http://www.katz-heidelberg.de/Themen_im_Unterricht/Expressionismus/Jakob_van_Hoddis/Emmy_Hennings/body_emmy_hennings.html


Morfin


Wir warten auf ein letztes Abenteuer
Was kümmert uns der Sonnenschein?
Hochaufgetürmte Tage stürzen ein
Unruhige Nächte - Gebet im Fegefeuer.

Wir lesen auch nicht mehr die Tagespost
Nur manchmal lächeln wir still in die Kissen,
Weil wir alles wissen, und gerissen
Fliegen wir hin und her im Fieberfrost.

Mögen Menschen eilen und streben
Heut fällt der Regen noch trüber
Wir treiben haltlos durchs Leben
Und schlafen, verwirrt, hinüber...


***


Tänzerin


Dir ist als ob ich schon gezeichnet wäre
Und auf der Totenliste stünde.
Es hält mich ab von mancher Sünde.
Wie langsam ich am Leben zehre.
Und ängstlich sind oft meine Schritte,
Mein Herz hat einen kranken Schlag
Und schwächer wird's mit jedem Tag.
Ein Todesengel steht in meines Zimmers Mitte.
Doch tanz ich bis zur Atemnot.
Bald werde ich im Grabe liegen
Und niemand wird sich an mich schmiegen.
Ach, küssen will ich bis zum Tod.


***


Nach dem Cabaret

Ich gehe morgens früh nach Haus.

Die Uhr schlägt fünf, es wird schon hell,

Doch brennt das Licht noch im Hotel.

Das Cabaret ist endlich aus.

In einer Ecke Kinder kauern,

Zum Markte fahren schon die Bauern,

Zur Kirche geht man still und alt.

Vom Turme läuten ernst die Glocken,

Und eine Dirne mit wilden Locken

Irrt noch umher, übernächtig und kalt.

Lieb mich von allen Sünden rein.

Sieh, ich hab manche Nacht gewacht.

***


Gesang zur Dämmerung

für Hugo Ball


Oktaven taumeln Echo nach durch graue Jahre.

Hochaufgetürmte Tage stürzen ein.

Dein will ich sein -

Im Grabe wachsen meine gelben Haare

Und in Holunderbäumen leben fremde Völker

Ein blasser Vorhang raunt von einem Mord

Zwei Augen irren ruhelos durchs Zimmer

Gepenster gehen um beim Küchenbord.

Und kleine Tannen sind verstorbene Kinder

Uralte Eichen sind die Seelen müder Greise

Die flüstern die Geschichte des verfehlten Lebens.

Der Klintekongensee singt eine alte Weise.

Ich war nicht vor dem bösen Blick gefeit

Da krochen Neger aus der Wasserkanne,

Das bunte Bild im Märchenbuch, die rote Hanne

Hat einst verzaubert mich für alle Ewigkeit.

***

Ätherstrophen


Jetzt muß ich aus der großen Kugel fallen.

Dabei ist in Paris ein schönes Fest.

Die Menschen sammeln sich am Gare de l'Est

Und bunte Seidenfahnen wallen.

Ich aber bin nicht unter ihnen.

Ich fliege in dem großen Raum.

Ich mische mich in jeden Traum

Und lese in den tausend Mienen.

Es liegt ein kranker Mann in seinem Jammer.

Mich hypnotisiert sein letzter Blick.

Wir sehnen einen Sommertag zurück...

Ein schwarzes Kreuz erfüllt die Kammer...

***

http://www.dadart.com/dadaisme/dada/020-dada-mouvement.html

http://www.lib.uiowa.edu/dada/archive.html

VISIONS FUTURISTES : BALLA, 1912-1914


Giacomo BALLA, Fillette courant sur un balcon, 1912, 125 X 125, Milan, Civica Galleria d'Arte Moderna



Giacomo BALLA, La Main du violoniste, 52 X 75, Londres, Coll. Estorick



Giacomo BALLA, Dynamisme d'un chien en laisse, 1912, 91 X 110, Buffalo, Albright-Knox Museum



Giacomo BALLA, Lignes en mouvement + Succesions dynamiques. Vol d'hirondelles, 97 X 120, New York, Museum of Modern Art



Giacomo BALLA, Compénétration iridescente no5 (Eucalyptus), 1914, 100 X 120, Coll. part.


Giacomo BALLA, Vitesse d'une automobile + Lumière, 1913, Stockholm, Moderna Museet


Giacomo BALLA, Mercure passant devant le Soleil, vu à la longue-vue, 1914, 120 X 100, Milan, Coll. Mattioli

Wednesday, May 17, 2006

FOTODINAMISMO FUTURISTA


Anton Giulio BRAGAGLIA, Dactylographe, photodynamique, 1911


Anton Giulio BRAGAGLIA, Il Schiaffo (La Giffle), photodynamique, 1912

Les photodynamiques exploitent une luminosité de la forme qui marque le parcours corporel comme lieu de vitesse et de transport des images « transcendantales ». La transparence remplace l'apparence, l'objet et la figure tendent à disparaître, comme si la vitesse donnée à leur masse et à leur encombrement les rendait sans consitance et non visibles. Dans ce sens, Bragaglia arrive à prouver que son art représente « l'essence intérieure des choses », mais encore plus à démontrer que la vitesse appliquée aux événements et aux corps les fait disparaître. Si la rapidité du déplacement augmente la transparence et l'immatérialité des images, il sera alors possible que leurs simulacres photographiques se superposent et se fondent, qu'ils créent « des fondus et des compénétrations de figures et d'événements ».

Germano CELANT, 1986


Anton Giulio BRAGAGLIA, Uomo che suona il contrabbasso, photodynamique, 1911

http://etudesphotographiques.revues.org/document100.html





Anton Giulio BRAGAGLIA, Thaïs, 1916, film, Novissima Films, scénario d'Enrico PRAMPOLINI (Interprétation : Llena LEONIDOFF, Thaïs GALITZKY, Augusto BANDINO)

http://web.dsc.unibo.it/~scime/ig/pag%20cinema%203.htm

PAROLE IN LIBERTA

Tuesday, May 16, 2006

DYNAMISME PLASTIQUE


Umberto BOCCIONI, La Risata (Le Rire), 1912, 110 X 145, New York, Museum of Modern Art


Gino SEVERINI, Hiéroglyphe dynamique du Bal Tabarin, 1912, 152 X 156, huile et paillettes, New York, Museum of Modern Art


Gino SEVERINI, Danseuse au Bal Tabarin, 1912, 61 X 46, Milan, Coll. part.


Gino SEVERINI, Mare = Ballerina, 1913, 105 X 86, Venise, Collection Peggy Guggenheim



Umberto BOCCIONI, Dynamisme d'un joueur de soccer, 1913, 193 X 201, New York, Museum of Modern Art


Je désire revenir sur une affirmation à propos de laquelle j'écrivis plusieurs articles dans la revue Lacerba de Florence et dans la revue Der Sturm de Berlin : « le concept de simultanéité en peinture et en sculpture a fait sa première apparition dans la sensibilité plastique moderne avec nos recherches futuristes. » Personne avant nous n'avait utilisé ce terme pour définir la nouvelle condition de vie dans laquelle se serait manifesté le nouveau drame plastique.

Nous avions proclamé que la simultanéité était une nécessité absolue dans l'oeuvre d'art moderne et le « but énivrant » de notre art futuriste. Nous avions proclamé cette vérité dans les manifestes de la peinture et de la sculpture futuristes, dans les préfaces des catalogues de nos différentes expositions ; nous l'avons toujours appliqué dans nos oeuvres. (...)

Si nous sommes obligés de défendre jalousement la primauté de nos découvertes, c'est parce que nous vivons et travaillons en Italie, pays - quoi qu'en disent les marchands de soupe de l'art italien - considéré jusqu'à maintenant inexistant pour ce qui est de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, de la musique et de la littérature.

La simultanéité est pour nous l'exaltation lyrique, la manifestation plastique d'un nouvel absolu : la vitesse ; d'un nouveau et merveilleux spectacle : la vie moderne ; d'une nouvelle fièvre : la découverte scientifique.

Je ne peux oublier le scepticisme et la dérision avec lesquels des artistes jeunes ou vieux, la presse et le public accueillirent nos très violentes professions de foi en la modernité, surtout en Italie ; notre affirmation indiscutable sur la nécessité de piétiner l'artistique et les manies culturelles ; la nécessité de devenir brutaux, rapides, précis ; la nécessité de nous américaniser, en entrant dans le bouleversant tourbillon de la modernité à travers ses foules, ses automobiles, ses télégraphes, ses quartiers populaires et nus, ses bruits, ses crissements, sa violence, sa cruauté, son cynisme, son implacable arrivisme ; l'exaltation, au fond, de tous les aspects sauvages et anti-artistiques de notre époque. Beaucoup y virent un passe-temps puéril, un attachement aux faits divers, un cinéma esthético-sentimental... Laissons-les dire...

Il vaut mieux faire un nouveau schéma pour montrer comment toutes les recherches plastiques futuristes s'appuient sur la simultanéité.


DYNAMISME

(simultanéité de mouvement absolu + mouvement relatif)
LIGNES-FORCES
(simultanéité de forces centrifuges + forces centripètes)
SOLIDIFICATION DE L'IMPRESSIONNISME
(simultanéité d'objet + milieu + atmosphère)
COMPLÉMENTARISME DYNAMIQUE
(simultanéité de couleur + forme + clair-obscur)
COMPÉNÉTRATION DES PLANS
(simultanéité intérieur-extérieur + souvenir + sensation)
La simultanéité est la condition dans laquelle apparaissent les différents éléments constituant le DYNAMISME. C'est donc l'effet de cette grande cause qui est le dynamisme universel. C'est l'aspect lyrique de la conception moderne de la vie, basée sur la rapidité et la contemporanéité des connaissances et des communications.
Si nous considérons les différentes manifestations de l'art futuriste, nous voyons partout s'affirmer violemment la simultanéité.
Umberto BOCCIONI, « Simultanéité », section XVI de Dynamisme plastique, mars 1914

BOCCIONI : ÉTATS D'ÂME

I.


Umberto BOCCIONI, États d'âme III : Les Adieux, 1911, 71 X 96, Milan, Civica Galleria d'Arte Moderna



Umberto BOCCIONI, États d'âme III : Ceux qui partent, 1911, 71 X 96, Milan, Civica Galleria d'Arte Moderna


Umberto BOCCIONI, États d'âme III : Ceux qui restent, 1911, 71 X 96, Milan, Civica Galleria d'Arte Moderna


II.




Umberto BOCCIONI, États d'âme II : Les Adieux, fin 1911-début 1912, 69 X 76, New York, Museum of Modern Art



Umberto BOCCIONI, États d'âme II : Ceux qui partent, fin 1911-début 1912, 69 X 76, New York, Museum of Modern Art



Umberto BOCCIONI, États d'âme III : Ceux qui restent, fin 1911-début 1912, 71 X 96, New York, Museum of Modern Art

Sunday, May 14, 2006

FORTUNE HISTORIQUE DE LA BOURGEOISIE


Jules-Étienne MAREY, Étude chronophotographique de la locomotion humaine, 1886



Eadweard MUYBRIDGE, Descendind Stairs and Turning Around, Animal Locomotion, 1887




La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé l'extase religieuse, l'enthousiasme chevaleresque, la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation, voilées par des illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, directe, brutale, éhontée.

La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les professions jusque là réputées vénérables et vénérées. Du médecin, du juriste, du prêtre, du poète, du savant, elle a fait des salariés à ses gages.

La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent.

La bourgeoisie a révélé comment la brutale manifestation de la force au Moyen Âge, si admirée de la réaction, trouve son complément naturel dans la plus crasse paresse. C'est elle qui, la première, a prouvé ce que peut accomplir l'activité humaine : elle a créé de tout autres merveilles que les pyramides d'Egypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques ; elle a conduit bien d'autres expéditions que les antiques migrations de peuples et les croisades.

La bourgeoisie n'existe qu'à la condition de révolutionner constamment les instruments de travail, ce qui veut dire le mode de production, ce qui veut dire tous les rapports sociaux. La conservation de l'ancien mode de production était, au contraire, la première condition d'existence de toutes les classes industrielles antérieures. Ce bouleversement continuel des modes de production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, traditionnels et figés, avec leur cortège de croyances et d'idées admises et vénérées, se dissolvent ; celles qui les remplacent deviennent surannées avant de se cristalliser. Tout ce qui était solide et stable est ébranlé, tout ce qui était sacré est profané ; et les hommes sont forcés, enfin, d'envisager leurs conditions d'existence et leurs rapports réciproques avec des yeux dégrisés.

Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, créer partout des moyens de communication.

Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales sont détruites ou sur le point de l'être. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans tous les coins du globe.

A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées les plus lointaines et des climats les plus divers. A la place de l'ancien isolement des nations se suffisant à elles-mêmes, se développe un trafic universel, une interdépendance des nations. Et ce qui est vrai pour la production matérielle s'applique à la production intellectuelle. Les oeuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles ; des nombreuses littératures nationales et locales se forme une littérature universelle.

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l'amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu'aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et fait capituler les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode de production bourgeois ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle modèle le monde à son image.


Karl MARX & Friedrich ENGELS, MANIFESTE COMMUNISTE, 1848