Thursday, June 08, 2006

Francis PICABIA



Picabia Francis (1879-1953). Peintre et écrivain français, qui abandonna en 1905 une carrière de peintre impressionniste à succès pour se lancer dans l'aventure des avant-gardes. Cette première rupture le conduisit en quelques années à l'art abstrait, dont il fut l'un des pionniers (Udnie, 1913, MNAM, centre Georges-Pompidou, Paris). Proche de Marcel Duchamp et du groupe de Puteaux, il cherchait à rendre compte de la quatrième dimension de l'âme, celle des impressions modifiées par la mémoire et les états intérieurs de l'artiste. Réfugié à New York pendant la guerre, il peignit ses premiers tableaux de machines, anti-peintures qui obéissaient à d'autres conventions que celles des Beaux-Arts en faisant appel à celles du dessin industriel. Il entra en contact avec Tristan Tzara en 1919 à Zurich, et tous deux animèrent à Paris, à partir de 1920, les activités du groupe dadaïste. Ses collages et tableaux au Ripolin poursuivirent jusqu'au milieu des années 1920 son exploration d'une anti-peinture radicale (série des Monstres, 1923-1925). Il revint ensuite à une peinture citant les maîtres du passé, en mêlant et superposant les motifs qu'il leur empruntait (série des Transparences, 1925-1937). Après une courte période abstraite, il peignit pendant la guerre des scènes de nus inspirées par la photographie. Après la guerre et jusqu'à sa mort, il développa une forme d'abstraction en haute-pâte, incluant des motifs archaïques peu explicites. Son atelier était alors devenu un lieu de rencontre pour de jeunes peintres comme Soulages, Hartung, Ubac, etc., tandis que ses périodes figuratives continuent d'inspirer les esthétiques post-modernes et que le dadaïste reste un modèle d'esprit de subversion. Picabia fut également un poète qui brisa la logique et le sens commun, et un producteur d'aphorismes d'une grande férocité.


***


Born and died in Paris. Painter, drawer and poet, of Spanish descent. He studied at the Ecole des Beaux-Arts and at the Ecole des Arts décoratifs of Paris. Up to 1908 he painted impressionist pictures in the manner of Sisley. In 1909 he came under the influence of the Cubists. Between 1911 and 1912 he took part in the Sunday meetings at Jacques Villon's studio at the village of Puteaux, together with Apollinaire, Gleizes, La Fresnaye, Léger, Metzinger, among others, which led to the foundation of the "Golden Section." He exibited at Metzinger's show. Was a close friend of Apollinaire. In February, 1913, he went to the United States for the first time and exhibited at the "Armory Show." Stieglitz arranged an exhibition of his water-colours at his gallery. In 1914 he was mobilized in France. In 1915 he went to the United States for the second time and collaborated with Marcel Duchamp. The periodical "291" of the Stieglitz group published proto-dada-works by Picabia, Catherine Rhoades and others. Towards the end of 1916 he turned up in Barcelona, where he met Cravan, Gleizes and Marie Laurencin. On January 25th, 1917, he published the first number of his periodical, which he named 391 to recall the Stieglitz group's 291. In it he published his first "Mechanical Drawings" and false informations about friend and enemy. In the same year he went to America once more and there published further numbers of his periodical, assisted by Marcel Duchamp. In 1918 he made his appearance at Lausanne, where he published a book entitled Poèmes et dessins de la fille née sans mère (Poems and drawings of the girl born without a mother). In February he took connection with the Zürich Dada group and contributed to Dada Issue Number 3. In 1919 he published issue number 8 of his periodical 391 which was printed by Jul. Heuberger, also the printer of the Zürich dadaists. He was represented in Dada Issue 4/5. He returned to Paris, published further issues of "391", and took part in dada demonstrations. In 1920 he published a periodical, Cannibale, and in 1921, together with Breton and others, he dissociated himself from "orthodox" dadaists (i.e. the major dadaists). Later he contributed to the periodicals and exhibitions of the surrealists. In 1949 a big retrospective exhibition was organized at the Drouin Gallery, Paris. The catalogue for the exhibition, titled 491, came out in the size of a newspaper. It contained articles by Bott, Breton, Cocteau, Desnos, Seuphor, Tapié and others.

http://www.picabia.com/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Picabia

http://critiques-ordinaires.ouvaton.org/article.php3?id_article=155

http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/peinture/dossier.asp?ida=361789



Francis PICABIA, Très rare tableau sur la terre, 1915, 126 X 98, huile, bois, feuilles d'or et d'argent, Venise, Collection Peggy Guggenheim

Poèmes et Dessins de la Fille née sans mère :

http://cyber-bibliotheque-de-poesie.blogspot.com/2006/04/picabia-la-fille-ne-sans-mre.html

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Manifeste DADA


Les cubistes veulent couvrir Dada de neige : ça vous étonne mais c'est ainsi, ils veulent vider la neige de leur pipe pour recouvrir Dada.


Tu en es sûr ?


Parfaitement, les faits sont révélés par des bouches grotesques.


Ils pensent que Dada peut les empêcher de pratiquer ce commerce odieux : Vendre de l'art très cher.


L'art vaut plus cher que le saucisson, plus cher que les femmes, plus cher que tout.


L'art est visible comme Dieu ! (voir Saint-Sulpice).


L'art est un produit parmaceutique pour imbéciles.


Les tables tournent grâce à l'esprit ; les tableaux et autres œuvres d'art sont comme les tables coffres-forts, l'esprit est dedans et devient de plus en plus génial suivant les prix de salles de ventes


Comédie, comédie, comédie, comédie, comédie, mes chers amis.


Les marchands n'aiment pas la peinture, ils connaissent le mystère de l'esprit...........


Achetez les reproductions des autographes.


Ne soyez donc pas snobs, vous ne serez pas moins intelligents parce que le voisin possèdera une chose semblable à la vôtre.


Plus de chiures de mouches sur les murs.


Il y en aura tout de même, c'est évident, mais un peu moins.


Dada bien certainement va être de plus en plus détesté, son coupe-file lui permettant de couper les processions en chantant « Viens Poupoule », quel sacrilège !!!


Le cubisme représente la disette des idées.


Ils ont cubé les tableaux des primitifs, et les sculptures nègres, cubé les violons, cubé les guitares, cubé les journaux illustrés, cubé la merde et les profils de jeunes filles, maintenant il faut cuber l'argent !!!


Dada, lui, ne veut rien, rien, rien, il fait quelque chose pour qu le public dise : « nous ne comprenons rien, rien, rien ».

« Les Dadaïstes ne sont rien, rien, rien, bien certainement ils n'arriveront à rien, rien, rien ».


Francis PICABIAqui ne sait rien, rien, rien.


Francis Picabia, Manifeste DADA, lu au Salon des Independants, Grand-Palais des Champs Elysées, 5 février 1920

Francis PICABIA, Parade amoureuse, 1917 (1919), Chicago, Collection Morton G. Neumann

UNIQUE EUNUQUE

JE DÉDIE CE POÈME À MON MEILLEUR AMI


PRÉFACE PAR TRISTAN TZARA


Les myriapodes philosophiques ont cassé des jambes de bois ou de métal, et même des ailes, entre les stations Vérité-Réalité. Il y avait toujours quelque chose d'insaisissable : LA VIE.
Chercher de remplacer la vie par un plaisir privé : aventure parfois amusante. (Les aventures sans remords qui s'introduisent en art par ses moyens, pour le détruire lentement, réveillent la cendre dans le noyau, intérêts réciproques, insinuations et obstacles systèmemouvement DADA).


Mais donner à une blague la caractère d'éternité et lui préparer l'exclusivité de la faim, est ridicule, bonjour naïf d'onaniste, musique salutiste, prétention mélangée, succursale du bourgeois chatouille l'art.

L'anémie ne se propage pas sur le continent, mais tu connais la force, les microbes, les fleurs, l'alcool, le sang, les inventions, qui répandent leur pluie — sans but — ou se cassent écho au roc matinal et solide.


Je pense au même besoin d'imposer, — apprenez-moi le ton sérieux qui ne sonne faux! — et ce sont toujours les autres qui ont raison.


Le besoin de chercher des explications à ce qui n'a pas d'autre raison que d'être fait, simplement, sans discussions, avec le minimum de critère ou de critique, ressemble à la self-cleptomanie : changer à perpétuité de poches, à ses propres objets et dans son propre habit. On s'arrange d'habitude aussi une collection d'une spécialité morale quelconque, pour la commodité des jugements. Les hommes sont pauvres parce qu'ils se volent eux-mêmes. Ce n'est pas la difficulté de comprendre la vie moderne, qui en est cause, mais ils volent des éléments à leur propre personnalité.


PICABIA.

La parole fertilise le métal : bolide ou roue urubu ouragan ourlé et ouvert — il laisse dormir ses sentiments dans un garage. Je place un hibou dans un hexagone — chante en hexamètres — use les angles — crie (à bas) et obuse. La géométrie est sèche, vieille. J'ai vu jaillir une ligne autrement. Une ligne jaillie tue les théories, et il n'y a d'autres besoins que l'aventure dans la vie des lignes. Œuvre personnelle celle qui fait l'absolu. Et vit. S'évade. De la sève muette. Mécanisme de l'aorte fait plus de bruit que l'ascenseur, l'engrenage de ses roues est feu, réveil : typographie des premières sensations, trop simple pour être déchiffrée si vite par les capitaines de la science.

Mon cher Picabia, « Vivre » sans prétention. Danser sur les dents de fer télégraphiquement. Ou se taire sur la ligne équinoxiale, pour savoir à chaque instant — perpetua mobilia — que c'est aujourd'hui.


« Charme » et « jolie » s'appliquent au claire de lune, aux sentiments, aux tableaux qui chanttent et aux chansons qui voient, se collent aux traditions, s'infusent parmi les pompiers et parmi les peintres.


Les peintres cubistes et futuristes, qui devraient laisser vibrer leur joie de la libération d'un extérieur encombrant et futile de l'apparence, deviennent scientifiques et proposent l'académie. Propagation théorique de charognes, pompe pour sang. Il y a des paroles qui sont aussi des croix d'honneur. A la classe des gros mots qui assurent le bonheur de l'humanité, du prestige prestidigitateurs de prédilections prodigieuses pour le plaisir de ceux qui payent. Chapitre respect de la soupe.


Les idées empoisonnent la peinture; si le poison parle un nom sonore de gros ventre philologique, l'art devient contagion, et si l'on se réjouit de cette intestine musicalité, le mélange devient danger pour les hommes propres et sobres.
Il n'y a que l'action négative qui soit nécessaire. Picabia a réduit la peinture à une formation sans problèmes; chacun y trouvera les lignes de sa vie
qui vont avec le temps en chemin de fer et par téléphone sans fil
s'il la regarde sans se demander pourquoiune tasse ressemble à un sentiment.


TRISTAN TZARA.


PRÉFACE PAR PASCAL


Qu'il est difficile de proposer une chose au jugement d'un autre, sans corrompre son jugement par la manière de la lui proposer! Si on dit : « Je le trouve beau, je le trouve obscur, ou autre chose semblable, on entraîne l'imagination à ce jugement, ou on l'irrite au contraire. Il vaut mieux ne rien dire; et alors il juge selon ce qu'il est, c'est-à-dire selon ce qu'il est alors, et selon que les autres circonstances dont on n'est pas auteur y auront mis. Mais au moins on n'y aura rien mis; si ce n'est que ce silence n'y fasse aussi son effet, selon le tour et l'interprétation qu'il sera en humeur de lui donner, ou selon qu'il le conjecturera des mouvements et air du visage, ou du ton de la voix, selon qu'il sera physionomiste : tant il est difficile de ne point démonter un jugement de son assiette naturelle, ou plutôt, tant il en a peu de ferme et stable !


PASCAL.


Ce qui est inhumain dans la vie moderne, c'est l'officialisme. L'autorité est aussi destructive pour ceux qui l'exercent que pour ceux sur qui elle est exercée.

OSCAR WILDE.


L'homme rend précieuse une action : mais comment une action rendrait-elle précieux un homme ?

FREDERIC NIETZSCHE.


Toute conviction est une maladie.

FRANCIS PICABIA.


UNIQUE EUNUQUE


Essayons l'heure actuelle
Dans l'alphabet chasse gardée
De l'ombre lentement
Véritablement livres sterling
Sous virginal louis cou cou
Qui fait domicile conjugal sous la pluie
Mais riant plus fort le café
Est à sept kilomètres capitale
Le petit chacal des sornettes
Ivres d'alcool gentilhomme
Au milieu des femmes camarades
Avec leurs tendres bouches porte-plumes
Photographie l'œil de l'amour
Antique garniture illuminée noir
Bicyclette l'horizon vers
Etiquette sein le dans
Corbeau grand d'un enceinte est
La Société des Nations
Chameau d'un ou
Aux épices cauchemardesque d'Annunzio
Je considère le genre américain
Cuivre d'armoire une
Utile énormément
? ? ? ? ? ? ? ? ? Quoi mais
Ecoute la Terre côte à côte
La prière avec la bibliothèque en peau de lion
Soutachée de missions
Volupté d'aiguiller le refrain total
Voix monotone de ministre
Pipe revolver fesses nues continuez
Vous allez comprendre piteux cavaliers
Je préfère un coiffeur accroché au mur
Dansant comme une plume
Sur mes joues
Rient des jambes légères
Paralysie mosquito
Dit manucure prend la banque
Quarante et trente du
Etroit, très nez
Allongé visage
Blanc teint
Néant barbe
Particulier signe
Souple et mince
Subsiste qu'il savez-vous
Lama sombré
Dynastie de la lune
Permettez-lui entre nous
D'évoluer comme une statue
Avec l'arc en ciel de Cluny
Caumartin Astra niche la à pareil tout
Abat-jour du monde l'homme de
Grand Duc
Renifle jaune pâle
De cuir roux bonheur
Rouen rose dentelles des cou le sur
Doublées de haussements d'épaules
Deux rois dans les mains
Dessous en mais
D'or chevilles reine
Palpite
Le dessert voilà
Un peu ivre
Encrier un dans craie de
Grue romantique
Vêtu de berlingots entrechats
Miracle de désinvolture guignol
Martèle le palais inexprimable
Des étoiles surexcitées
Le complet désintéressement
A paroles bélier petit
Hébète le tison rouge du monde mort
Store laissez-lui le cristal
D'un truc romantique
A l'école des bouquets couplet aveugle
D'une intelligence supérieure périmée
Pense furet
Rondes jolies bien de
Loués talons ses dans jusque
Simplicité bonté
Verra on
Cette extraordinaire idée
Dans les poches de sa vie
Son cœur herbes fines
Es-tu converti heures supplémentaires
Iodure de potassium catholique
La caserne derrière
Histoire des vérités maladroites
Je ne sais si vous comprenez
Les femmes vis-à-vis
Amertume des idées
Qui marquent la fin unique de l'homme
Laisse-moi songer lecteur à ton sort
Bonheur ton assurent qui cage ta de barreaux les
Dans une mine de houille
Prétendent aux possessions de champs de blé
Déboires empêcheriez-vous un rêve serein
De vivre dans un infatigable sourire
Invoqué aux heures bambins
Pourquoi les flutes bousculades
Sont-elles des carnets de poche
Additionnés sans cesse
Pour une religion consolatrice
Comme le morale du Christ
Royaume égoïste
Au musée du Louvre
Rues quand je serai vieux
Fatigantes comme un chien
Mon livre quotidien bonhomme
Sur les grands boulevards
Loin de Paris
Sera le monde erreur succès
Charles Floquet les yeux obstinément fermés
Mouche le parapluie enfant
Et nos propres pensées
Sont les bavardages quotidien misères
Qui sourient à des maniaques
Que nous aimons bonheur culot
Du mal d'estomac
Le vol des avions éphémères
Dirige le rêve de la patience W. C.
J'aime les croyants du tabernacle
Qui plongent dans une vague
Monde au
Radieuses larmes de écrin
Sommes-nous complètement mordus
Toujours pas assez
La fortune ennemie pompeusement
Nécessaire
Aime la solitude
Loin plus
Influence de couleurs souvenirs
Visage ton
Pauvre étrange colifichet
Des idées
Mais jour un passer pas
J'ai le monde derrière moi deux fois par jour
Passions et élégances extérieures
Méchanceté évidente 'l
Tombera de leur mains
Comme une cravate
Avec les grandes manœuvres barbaries
Machines dangereuses
Les yeux s'ouvriront avec stupeur
Epris de paix déesse
Seront assurés sans contrôle
D'apprendre aux héros
Le bonheur serein
Aux visages crispés de rancune
Faubourg noir
Les compagnies humaines
Sous l'uniforme se déshonnorent
Tarantula avec femme
Personne à personne
L'illusion est belle
L'éternité
Est un regard éclair
L'espace sans cesse pressé de loin
Ne possède rien
Amphitryon dans le métro
Regardant les payés
La minute suivante
Se défend contre ta joie
Et ne cesse de te tromper
Au mépris de ton intérêt
Improvise une nouvelle intelligence
Pour les jours suivants
Et puis rappelle-toi
Que l'univers a une mesure unique
Pour les autres
Il faut que tu deviennes un obus monstrueux
Le cubisme capte les salamandres
N'ayez crainte
Elles ont le ventre orangé
Pour admirer un tableau
Dont la philosophie beauté
Source pure
Soutient l'âme sensible
Des accessoires
Il faut autour de soi
Le système de l'évocation hardie
Une voie élective
Ecole du génie
Les actes de ta vie
S'inclinent comme un pauvre
Et ramassent les miettes
Grandeur des belles inventions
Tu refuses la manne authentique
Pour la sottise perdue
L'avenir Bergson
Est insupportable
J'aime mieux cette ordonnance de docteur
Le rêve fait surgir les images en reflet
La silhouette (c'est ce qui passe, l'indéterminé)
Le reflet (la silhouette en double)
Le relief (la stratification des images)
On incarne des gens qu'on ne connaît pas
On s'imagine qu'on les restreint
Personnalité qui revient d'un autre monde
Pour voir dans ce monde ce qu'il y a à réaliser
On communique de Paradis à Paradis
Plus vous riez plus votre œil est mort
Bains de soleil
Plonger dans la mer
L'œil s'éteint pour se revoir en dedans
Lis lis
Les pensées heureuses de ce docteur
Sont simples et vagues
Semblables au mépris des hommes riches
Stérilement salutaires
Comme le rire de la mémoire
A travers les actes de la vie
Les générateurs sont des gens
Qui recoivent de la suie sur leur tablier
Ajoute le docteur
Mangouste
Semblable au mépris
Sur le chemin radieux de l'avenir
Trouve plus de charme
Au palmier à cheveux blancs
Aujourd'hui il regarde la vitrine intérieure
De ceux qui l'entourent
Elève chaque jour son âme
Malgré tout
C'est à travers les Rolls Royce
Que la curiosité maladive
Ensemble le bonheur Trésor
Nid répugnant
Laisse-moi te contempler
Avec regret
Parents infirmes
Votre besogne n'est qu'un recette additionnée
Animaux engourdis
Que faites-vous en ce monde insensible
Des ébauches de lois
Trônes des cabinets
J'ai fait caca dans un Tabernacle
Avec rythme
Le violon calorifère nie et cherche
Les croupiers de la roulette embryonnaire
Le malheur des joueurs
N'est pas à dédaigner
Substance gris à pile ou face
Zéro
Finit la série favorable
Baccarat d'une existence humaine
Rouge
Noir
Demi chance carrée
Huit et neuf
Baccarat pilule
Debussy n'a jamais été vivant
Sur la boule
Petite boule
Fille d'un sinistre personnage
Flux et reflux des intériorisations cosmiques
L'horologe est insuffisante
Pour marquer les heures qui se cachent
On a l'impression peu à peu
Que l'intelligence est un procès verbal
Victor Hugo
Appartient directement
A l'écho rétroactif du cœur
Dans un lointain élan sans horizon
Foch fidèle à la parole donnée
D'être glorieux dans son histoire
N'a rien à perdre
Caruso pot de miel
Est un couvercle
Le lion chouette
Mécanisme idéal
Son argent est ovale
Dans plusieurs sens superposés
Blanches mamelles
Hors de leurs coquilles
J'ai inventé un système
Qui petit à petit
Sous la menace d'un revolver
Serre la main du vestibule
A une heure du matin
Il existe une histoire
Aussi illimitée que l'univers
Illusions optiques que nous connaissons
Nous ne savons rien
Ancien destin monde ce de
Tous les tableaux sont morts et continuent de vivre
Avec leurs maladies contagieuses
Des précisions mathématiques
Pour loger à mon grand regret
Un compas dans l'obscurité profonde
Ouistiti me ravit
Gravement vannerie de professeur
A voix très lente
Au-dessus des humains
Il mange l'érudition invisible
Picaflor de plus en plus Chopin
Amis des porte la sous travaille
Au lycée des pensées infinies.
Du monde le plus beau
Architectures hyménoptères
J'écrirais des livres d'une tendresse folle
Si tu étais encore
Dans ce roman composé
En haut des marches
Illusions besoin d'amours nocturnes
Je suis couché le long des fortifications infinies
Et j'écris ces lignes
Pélicans du boulevard Lannes succès
Vers l'humanité contraire dans un motif à pattes
Le ciel de nos têtes
Le mouvement de nos pensées
Bon voyage femmes honnêtes ou non
Maladroites ou splendides
Votre métier est idéal dans les bordels
Chaque maison de passe
A des oscillations chastes
Quand je réfléchis à la syphilis
Qui se répand
Comme des étoiles filantes
Que c'est bon
Nous nous entendons
Les boisons alcooliques
Sont des paroxysmes embrouillés en amitiés stupides
Il faut aller au cirque
Pour faire lire ses poèmes par des clowns
L'avenir n'existe pas quoique j'aille mieux
Souvent les sceptiques dans la souffrance
Triomphent complètement des superstitions
Grandes actions
Les gens de bon sens
Méprisent les consciences illuminées
Sous une tempête de neige en auto
Le Traité de Paix que je veux dire
Siège dans le monde de théâtre
Par-dessus la table
La grève générale rend idiot l'amour
Dans un cerveau Beaux-Arts
Comme un employé de bureau philosophe
Habitué sur la place publique
A voir une bouche rose tendre ses lèvres
Jusqu'à
Je m'associe aux putains du catéchisme
Pour protester dans l'éternelle inquiétude
De mon père
Fiche le camp est mon soutien
Et les sucreries ne sont plus rien dans mon estomac
C'est profond et mélancolique
De telles choses réveillent la force de la pensée
Et cet endroit moins banal
Que la campagne suisse
Avec un monsieur terrifié par ce poème
Du boniment
Ma sœur va se mettre à l'air
Jusqu'au suprême lapin du jour
Vous n'êtes pas heureuses
Malgré la splendeur de vos yeux
Naturellement vous cherchez le soleil carton
Un homme éclairé par une lanterne
Les baisers ne se donnent pas avec les lèvres
Les cheveux calicots café concert
Ne devraient jamais monter votre escalier
Escalier des énormes visages déménageurs
Horribles avant et après déjeuner
Sauf pour les croque-morts
Louise Andrée Marcelle Germaine Madeleine Marie
Les grandes fleurs de l'Afrique
Ressemblent aux parquets des Musées de la morale
L'herbe pousse toute mignonne
Dans la mélancolie
C'est profond depuis si longtemps
Que les premiers balbutiements chassent les heures de sommeil
Merveilleux concours
De phrases froides pour s'embrasser
Chaque tour de roue sous ma fenêtre
Me donne le désir de ne plus sortir
Je suis nerveux
La bonne balaie
Elle ressemble à une bête pourrie
La vie est adorable
Je n'aime pas les inaugurations
Le ciel est sous mes pieds
Avec ses richesses Nabuchodonosor
Tout et rien c'est la même chose
L'eau de Lourdes peut dépanner une auto
Demi femme demi chien demi bière
Pine mate
Et Vagin brillant
Les aumônes bariolées
Ont un éperon de bronze
Tout cela c'est une impression
Mais c'est quelque chose
Oui soleil lune et toutes les étoiles
Qui avez l'air de me sourire
Votre beauté est une chose inconnu pour moi
J'aime la guerre les épidémies les accidents
Qui grimpent après les larmes joyeuses des passions
Allemands les déteste je
Guerre la pendant que cela pour est'c
Possible loin plus le reste suis je
Maintenant je vais tâcher de les voir de plus près
Avant comme
avant le labyrinthe du thon salé
Dites-moi si c'est vrai
Que les officiers de marine s'accouplent
Avec les crocodiles qui somnolent sur les plages
Dites-moi qu'il y a encore des dragons aux écailles de brouillard
Dites-moi merde si vous voulez
Goutte à goutte sur ma couche les merveilles du monde
En nœuds roses
Viennent entendre ma voix
Il faut se rouler sur les cimetières
Notre rédemption est un chemin
Ainsi homme vigoureux regarde
Mais regarde donc tes formes antiques
Tu chantes la liberté
La main dans la main
Avec les rossignol à plumes bleues
Hélas rien n'existe que dans tes suggestions
Demi voilées par l'humidité qui te contorsionne
Les fleurs printanières sont des vêtements pauvres
A côté d'un miracle divin
La mort de jade
Dans une tasse d'or
Les globes électriques sont hystériques
Comme des prisonniers heureux de devenir fous
Il n'y a pas de simulateurs astringents
La plupart ont faim
Faim d'argent
Faim de viande
Faim de n'importe quoi
Faim de violettes si vous voulez
Les journaux ont l'orgueil stérile
Journal du Peuple comme le lynx
Tu as de grasses pattes de velours
Action Francaise
Bordée de flanelle rouge pipi
J'aime mieux les bords du Nil
Le bruit des plantes qui poussent
Avec leurs tuteurs
Les bureaux de placement interdits
Le gardien de la veine
La musique quelle beauté de vapeurs besoins
Ses vibrations empanachées illuminent la route de l'esprit
Bouillie pour les chats
Le luth évoque quelque lac gris
Bouc asperges presqu'île Bosphore
Lapin albinos dirige ses yeux monolithes
Au milieu des plumes Bouc
Les Rag-Times luisent comme les odeurs du désaccord
Mélodie d'une rame sur l'eau
Les Tambours bandent
Les voilons sont des coquillages en bois pofi
Les remord se chamaille sous l'ombre des morts
Avec du fer blanc
Les enfants sont les gardiens de la vieillesse
Je connais un petit garcon symbolique
Dont l'enchantement est de s'agenouiller devant le Diable
Pour demander un mouchoir linotte
Comme celui de Juliette Roméo
Paris New-York
Vous êtes des villes ballons
Qui flottent et tombent en miniatures sur des cartes
Parfois dans un volume au milieu de l'œil
Epanouis de désire dotés
Les villages sont les échos minuscules
Des baisers des grandes villes
Baisers donnés pour évoquer les souvenirs
Du silence
Comme l'honneur
L'honneur est une lâcheté
Vos cervelles gesticulent
Idiotes et flétries
Jacques Henri Georges Paul Maurice Jean
Vous parlez tous hébreux de l'Institut
Sous les rubans rouges et violets
De l'huile de foie de morue
Rive gauche
Rive droite
Je vous demande la permission
De rester vagabond
Mon ami le docteur cubain
Me dit qu'une voyante prédit
Le plus bel avenir
En lisant sur le dos de la main
Mais en cet endroit
Les chansons folies
Sont d'épouvantables hasards
Qui vous mordent les doigts
Avec précaution
Nouveau de suivait cabriolet le
D'inquiétude sorte une
Demoiselle une même
Pianos les sur
Tombée chez païen
Entr'ouvre un canapé.


Paris, 6 janvier 1920

Francis PICABIA, Danse de Saint-Guy (Tabac-Rat), 1919, Carton, encre, ficelle, bois, 104 X 87, Paris, Musée national d'art moderne

MANIFESTE CANNIBALE DADA


Vous êtes tous accusés ; levez-vous. L'orateur ne peut vous parler que si vous êtes debout.


Debout comme pour la Marseillaise,


debout comme pour l'hymne russe,


debout comme pour le God save the king,


debout comme devant le drapeau.


Enfin debout devant DADA qui représente la vie et qui vous accuse de tout aimer par snobisme, du moment que cela coûte cher.


Vous vous êtes tous rassis ? Tant mieux, comme cela vous allez m'écouter avec plus d'attention.


Que faites vous ici, parqués comme des huîtres sérieuses — car vous êtes sérieux n'est-ce pas ?


Sérieux, sérieux, sérieux jusqu'à la mort.


La mort est une chose sérieuse, hein ?


On meurt en héros, ou en idiot ce qui est même chose. Le seul mot qui ne soit pas éphémère c'est le mot mort. Vous aimez la mort pour les autres.


À mort, à mort, à mort.


Il n'y a que l'argent qui ne meurt pas, il part seulement en voyage.


C'est le Dieu, celui que l'on respecte, le personnage sérieux — argent respect des familles.

Honneur, honneur à l'argent : l'homme qui a de l'argent est un homme honorable.


L'honneur s'achête et se vend comme le cul. Le cul, le cul représente la vie comme les pommes frites, et vous tous qui êtes sérieux, vous sentirez plus mauvais que la merde de vache.


DADA lui ne sent rien, il n'est rien, rien, rien.


Il est comme vos espoirs : rien.


comme vos paradis : rien


comme vos idoles : rien


comme vos hommes politiques : rien


comme vos héros : rien


comme vos artistes : rien


comme vos religions : rien


Sifflez, criez, cassez-moi la gueule et puis, et puis ? Je vous dirai encore que vous êtes tous des poires.

Dans trois mois nous vous vendrons, mes amis et moi, nos tableaux pour quelques francs.

Francis Picabia, Manifeste Cannibale Dada, lu à la Soirée du Théâtre de la Maison de l'Oeuvre, 27 mars 1920


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